Imprégnée à la fois de l’univers pictural de Georgia O’Keeffe, d’artistes contemporains comme Kader Attia, Nils Udo, des photographes Francesca Woodman, Bernard Plossu, j’ai eu un cheminement assez sinueux mais c’est le cinéma qui a le plus irrigué ma pratique et en particulier, les films d’Andreï Tarkovski. J’ai réalisé de courts films qui sont comme des portraits sensibles, au travers d’une écriture impressionniste. C’est de façon inopinée que j’ai été amenée aux bijoux, même si j’ai été initiée très tôt à la beauté des pierres grâce à un père qui les façonne et les taille. J’ai depuis longtemps une sensibilité aux métiers d’art, le bijou a pourtant pris place tardivement dans ma création, me poussant à établir une réelle affinité avec le monde minéral. Un soir, alors que je travaillais l’été dans le magasin de mon père, j’ai confectionné un collier avec des perles qui traînaient au fond d’un tiroir, des fins de séries qu’il n’utilisait plus. Avec ces perles négligées que j’ai voulu ressusciter, j’ai produit une première collection d’une dizaine de colliers, chacun d’eux fut une pièce unique.C’est ainsi que j’ai commencé à créer des bijoux, l’élément minéral s’est ensuite imposé dans l’ensemble de ma production artistique. Les minéraux m’évoquent des images de terre d’ocres et par là même, les pigments issus de terres ou de pierres semi-précieuses broyées finement.Ces pigments d’origine minérale ont été utilisés dans l’Égypte ancienne, dans la peinture murale grecque et romaine, dans l’enluminure médiévale, la peinture d’icônes, la peinture chinoise de paysages souvent monochromes…

Le bleu profond tiré du lapis lazuli, le vert lumineux de la malachite, le bleu intense de l’azurite, le jaune doré de l’orpiment… de l’Orient à l’Occident, de l’Antiquité à la Renaissance, la peinture vibre de ces pigments minéraux. Les pierres sont aussi pour moi une infinie source d’inspiration pour le dessin, comme les figures complexes et géométriques des tranches de tourmaline aux couleurs vives et expressives, ou encore les nodules de septaria émaillés de motifs sombres semblables à un alphabet inconnu. Dessiner des pierres me met dans un état d’esprit particulier, totalement dans l’instant, je suis le tracé du trait, je sens le pinceau se charger d’encre, le mouvement de la main libre et intuitif. Les pierres qui m’accompagnent et la connexion que j’ai avec elles me permettent une profonde communion avec la nature. Nous sommes nous-mêmes constitués de minéraux, notre corps est fait de silice et en avoir conscience ne peut que nous inviter à développer un rapport chamanique aux êtres et au monde.

Photographies Opales – Tirages limités et numérotés jusqu’à cinq.
Ces photographies ont été réalisées dans le cadre de mon travail personnel. Des tirages encadrés sont exposés à ma boutique et disponibles à la vente, me consulter.

L’atelier lapidaire de mon père

Mon père était collectionneur de minéraux et de fossiles, son intérêt savant pour la minéralogie et son tempérament indépendant l’ont conduit à en faire son métier.

Daniel, mon père, s’est formé en autodidacte au polissage et au façonnage des pierres, en parallèle de sa profession de dessinateur dans un cabinet d’architecte. Il a acquis progressivement le savoir-faire du lapidaire et une renommée en participant à des bourses minéralogiques, avant de quitter l’agence qui l’employait et le monde de l’architecture. Il a longtemps eu une vie quasi nomade, ponctuée par des voyages à l’étranger où il négociait les gemmes, rythmée au retour par le travail en atelier et par les ventes sur des salons spécialisés dans plusieurs régions de France et de Belgique. À un moment de sa carrière, il s’est établi dans une ancienne scierie au creux des Vosges, qu’il a restaurée et transformée en magasin de pierres, de minéraux et de bijoux. L’espace de vente jouxtait son atelier lapidaire, ce dernier s’ouvrait sur une cour en amont du bassin qui alimentait jadis le haut-fer, le long de la bâtisse en bois.

Ses machines dégorgeaient sur l’extérieur où les curieux pouvaient se promener et observer les gestes de l’artisan, dans un fouillis de tamis jonchés au sol, de blocs de pierres entassés et sous le ronronnement régulier des plateaux vibrants qui tournent et font tourner lentement les pierres sur elles-mêmes, jusqu’à ce que leur surface soit brillante à mesure qu’elle se lustre. Parfois, la stridulation de la scie circulaire s’élevait dans un ballet de gestes souples et maîtrisés. Son entreprise a rayonné dans toute la région rhénane et même au-delà. Ce lieu insolite, enveloppé d’une nature dense et humide, a attiré collectionneurs passionnés, amoureux de minéraux et de bijoux en pierres naturelles, glaneurs pour cabinet de curiosité personnel.
C’est ici que j’ai élaboré mes premiers bijoux, dans ce lieu si inspirant, avec le chant de la rivière en contrebas, le sol brumeux et rouge, l’épaisseur de la forêt sur le versant des montagnes alentour.